Editorial numéro 173 Aout 2026

Il est des départs qui bouleversent bien au-delà du cercle familial.

Il est des femmes dont la disparition laisse le sentiment qu’une page de notre histoire vient de se refermer.

Le 20 juin 2026, Francette MENDOZA nous a quittés.

Avec elle disparaît bien davantage que la Présidente de l’Amicale Nationale des Enfants de l’Algérois et la Fondatrice et Directrice de publication des « Échos d’Alger ».

C’est une conscience, une mémoire, une voix et une présence qui s’en vont.


Depuis 1980, Francette avait choisi de consacrer sa vie à une cause qui lui était chère : celle des Français d’Algérie.

Pendant plus de quarante-cinq ans, sans jamais faiblir, elle s’est battue pour défendre notre histoire, notre identité, notre mémoire, nos traditions et notre dignité.

Elle refusait l’oubli, les raccourcis de l’Histoire, les silences et les renoncements. Elle savait que la mémoire n’était pas tournée vers le passé, mais qu’elle était un héritage à transmettre aux générations futures.

Son combat fut celui de toute une vie.

Grâce à elle, l’Amicale Nationale des Enfants de l’Algérois est devenue bien davantage qu’une association.

Elle est devenue une famille.

Une maison où chacun retrouvait un peu de son quartier, de son village, de son école, de son enfance, de cette Algérie qui continuait à vivre dans les cœurs malgré les années et malgré l’exil.

« Aux Échos d’Alger »

Et puis, il y a « Aux Échos d’Alger ».

Cette revue qu’elle a créée avec Robert, son époux, et qu’elle a portée avec une passion sans faille pendant des décennies.

Pour beaucoup d’entre nous, recevoir « Aux Échos d’Alger » est un rendez-vous attendu. Et presque tous commencent par la même page : son éditorial.

Combien sont-ils aujourd’hui à écrire qu’ils attendaient ses mots avec impatience ? Combien disent que ses textes étaient justes, courageux, percutants, toujours écrits avec le cœur ?

Francette n’écrivait jamais pour plaire.

Elle écrivait pour témoigner, pour défendre, pour transmettre.

Elle parlait haut lorsque d’autres se taisaient.

Elle défendait avec force ce que beaucoup n’osaient plus défendre.

Elle n’a jamais renoncé.

Les témoignages

Depuis l’annonce de son départ, des centaines de messages sont arrivés.

Tous différents.

Et pourtant si semblables.

Tous parlent d’une Grande Dame, d’une Femme, d’une Combattante, d’une Amie.

D’une personne d’une immense générosité.

Les mots reviennent sans cesse : dévouement, courage, fidélité, gentillesse, sourire, écoute, détermination, bienveillance.

Beaucoup disent se sentir aujourd’hui orphelins.

D’autres parlent d’un pilier qui s’effondre.

Certains racontent les rassemblements de l’Amicale, les voyages qu’elle organisait, les retrouvailles qu’elle rendait possibles.

D’autres évoquent les éditoriaux qu’ils lisaient en premier, les conseils qu’elle prodiguait, les combats qu’elle menait pour les familles de disparus, les dossiers d’indemnisation, les dossiers de retraite, son implication pour la cause des Harkis, la sauvegarde des cimetières en Algérie (A.S.C.A.), son engagement contre le 19 mars 1962, pour notre mémoire, pour notre communauté.

Tous disent qu’elle laisse un vide immense.

Mais tous disent aussi qu’elle leur a tant apporté.

Une femme qui savait rassembler

Francette avait ce rare talent de rassembler.

Elle savait accueillir chacun avec le même sourire, la même simplicité, la même chaleur.

Elle connaissait les blessures de l’exil parce qu’elles étaient les siennes.

Elle savait écouter les souffrances des autres parce qu’elle ne les avait jamais oubliées.

Elle était exigeante, parfois inflexible lorsqu’il s’agissait de défendre notre histoire, mais toujours profondément humaine.

Poursuivre son œuvre

Aujourd’hui, beaucoup s’interrogent.

Qui prendra le relais ?

Qui écrira ces éditoriaux que nous attendions avec impatience ?

Qui poursuivra ce travail immense entrepris depuis plus de quarante-cinq ans ?

La réponse, Francette nous l’a donnée toute sa vie.

Une œuvre ne disparaît jamais lorsque ceux qui l’ont reçue décident de la poursuivre.

Le plus bel hommage que nous puissions lui rendre sera de continuer à faire vivre l’Amicale, de poursuivre « Aux Échos d’Alger », de transmettre à nos enfants et petits-enfants cette mémoire qu’elle nous a confiée.

Elle nous laisse un héritage immense.

Celui de la fidélité, du courage, de la transmission.

Celui de l’amour de nos racines.

À sa famille

À ses enfants, Jean-Philippe, Anne-Véronique, Fabrice et Régis, à ses petits-enfants et arrière-petits-enfants, à toute sa famille, nous adressons notre profonde affection.

Qu’ils trouvent dans les centaines de témoignages reçus ces derniers jours le réconfort de savoir combien leur mère était aimée, respectée et admirée.


Les Enfants de l’Algérois perdent aujourd’hui leur Présidente.

Les « Échos d’Alger » perdent leur plume.

La communauté Pieds-noirs perd l’une de ses plus grandes figures.

Mais son œuvre, elle, demeure.

Tant qu’il y aura des femmes et des hommes pour raconter notre histoire, pour transmettre nos souvenirs et pour faire vivre l’esprit de notre Algérie, Francette ne nous quittera jamais vraiment.

Merci, Francette

Merci, Francette.

Pour ces quarante-cinq années d’un engagement sans faille.

Pour votre courage.

Pour votre exigence.

Pour votre immense générosité.

Pour avoir fait de notre mémoire un héritage vivant.

Que Notre-Dame d’Afrique vous accueille désormais auprès de Robert.

Et que votre exemple continue d’éclairer le chemin des Enfants de l’Algérois.

Vous demeurerez à jamais l’une des plus belles voix de notre communauté.

LE CONSEIL D’ADMINISTRATION