Editorial numéro 174 septembre 2026

​Septembre est la…

Ce mois qui rime avec la rentrée pour nos enfants et nos petits-enfants, mais aussi, pour beaucoup de grands-parents, avec la fin des vacances.

L’été 2026 aura largement alimenté les médias, avec un thème récurrent : la chaleur et les épisodes de canicule.

Cette année, dès le mois de mai, la chaleur s’est installée sur notre pays pour ne véritablement nous laisser un peu de répit qu’après plus de trois mois.

Les médias s’en sont largement fait l’écho sur les plateaux de télévision. Heureusement, journalistes, chroniqueurs et spécialistes nous ont prodigué leurs précieux conseils : rester à l’intérieur, éviter de sortir aux heures les plus chaudes, garder les fenêtres fermées pendant les fortes chaleurs, aérer le matin lorsque les températures sont encore fraîches et surtout, bien s’hydrater.

À la télévision, les spots publicitaires reprenaient les mêmes recommandations et insistaient notamment sur un conseil essentiel : prendre des nouvelles de ses proches, particulièrement des personnes les plus fragiles.

On nous a parlé d’une canicule exceptionnelle.

Et pourtant, les images diffusées à la télévision nous rappellent une réalité bien plus préoccupante : nos aînés vivent encore dans certains EHPAD sans climatisation, des malades sont hospitalisés dans des chambres qui ne sont pas climatisées et nos enfants et petits-enfants passent leurs journées dans des classes où la chaleur peut devenir difficilement supportable.

Mais souvenons-nous…

Le mois d’août 2003 n’est pourtant pas si loin.

Cette canicule, qui avait duré une vingtaine de jours, avait déjà été qualifiée à l’époque d’exceptionnelle. Elle avait provoqué environ 15 000 décès en France.

Parmi les victimes se trouvait Marie la Maman de Francette Mendoza, mais aussi tant d’autres personnes qui nous étaient chères, notamment ma grand-mère Héloïse.

À cette époque, nous, téléspectateurs, découvrions avec tristesse que de nombreuses maisons de retraite n’étaient pas climatisées et que tous les hôpitaux ne disposaient pas non plus de systèmes de climatisation adaptés.

Face à cette catastrophe nationale, le gouvernement avait pris une décision : en 2004, la « journée de solidarité » était instaurée, avec notamment pour objectif de financer des actions en faveur de l’autonomie des personnes âgées et des personnes en situation de handicap.

Vingt-trois années se sont écoulées depuis cette terrible canicule et l’on peut légitimement se demander ce qui a réellement changé.

Car ces épisodes de chaleur extrême ne sont pas nouveaux.

Au cours des derniers mois, Météo-France nous a rappelé plusieurs épisodes historiques : les étés 1911, 1947 et, plus près de nous, 1976, année de la grande sécheresse qui avait notamment conduit à la création de l’« impôt sécheresse ».

Rappelons-nous, en juillet 1959, l’Algérie a été frappée par une vague de chaleur et de sirocco exceptionnelle, restée gravée dans les annales météorologiques comme l’une des plus intenses de l’époque.

Le sirocco, un vent saharien extrêmement chaud, sec et chargé de poussière ocre, a soufflé massivement du sud vers le nord. Ce phénomène a propulsé les températures à des niveaux records, touchant de plein fouet le littoral et les grandes villes. 44,2° à Oran submergé par une tornade, et plus de 35° à Alger.

Les journaux de l’époque, notamment L’Écho d’Alger du 14 juillet 1959, ont largement documenté cette canicule mémorable qui a fait suffoquer le pays.

En plein cœur de la guerre d’Algérie, cette chaleur extrême a rendu les conditions de vie et les opérations militaires particulièrement éprouvantes pour les populations et les soldats sur le terrain.

Cet événement de 1959 sert encore aujourd’hui de référence.

Et bien avant cela, George Sand évoquait déjà une chaleur extrême dans son « Journal d’un voyageur » en 1870.

Alors, la climatisation est-elle devenue un luxe ?

Elle est aujourd’hui encore considérée comme un équipement coûteux, parfois superflu. Pourtant, face à l’évolution des températures, elle tend à devenir, dans certaines situations, un véritable élément de confort, voire de protection pour la santé.

Pour nous, bien sûr, mais aussi pour les plus fragiles : du nourrisson à nos aïeux.

Nous verrons ce qu’il en sera à l’été 2027…

Et puis, il y a eu le feu…

Cet été, nous avons également assisté, souvent impuissants, à un autre désastre : notre pays a été frappé par de violents incendies.

Dans le Var, les Pyrénées-Orientales, l’Aude, le Sud-Ouest et dans bien d’autres régions, la terre a brûlé, les paysages ont été ravagés par les flammes.

Des milliers de personnes ont dû quitter précipitamment leur domicile ou leur lieu de vacances. Certaines ont tout perdu. Le travail et les économies de toute une vie sont parfois partis en fumée en quelques heures.

Face à cette catastrophe, des hommes et des femmes se sont battus contre des murs de flammes.

Nos pompiers, bien sûr, mais aussi des agriculteurs et de simples anonymes qui se sont mobilisés et entraidés avec un seul objectif : sauver une maison, sauver un voisin, sauver un village.

La télévision nous a montré des hectares calcinés, des maisons détruites, des paysages méconnaissables et surtout la détresse de celles et ceux qui, en quelques heures, n’avaient plus rien.

Ces images ont fait ressurgir pour beaucoup d’entre vous, des souvenirs beaucoup plus anciens.

Elles rappellent la guerre d’Algérie, lorsque le FLN mettait le feu aux fermes, au bétail, aux habitations, aux écoles… et qu’il fallait fuir.

À cette époque, il n’y avait pas de chaînes d’information en continu, pas de réseaux sociaux, pas d’images diffusées instantanément dans tous les foyers. Il n’y avait pas ces médias pour témoigner de votre détresse, ni les moyens de raconter ce que vous viviez.

Et encore moins les politiques de l’époque pour vous entendre.

Vous deviez partir, fuir, abandonner derrière vous votre vie et vos biens, avec pour seul espoir de pouvoir vous mettre à l’abri.

Aujourd’hui, les caméras sont là. Elles montrent les flammes, les destructions, les visages bouleversés et les vies brisées.

Mais derrière chaque image, il y a toujours des femmes, des hommes, des familles et des souvenirs.

Et peut-être est-ce cela qu’il ne faut jamais oublier : derrière les chiffres d’une canicule ou les hectares détruits par un incendie, il y a des vies humaines.

Des vies qui méritent d’être protégées.

Lorène.